Je suis Xavier, papa de cinq garçons : Nathanaël (2005), Gwenaël (2008), Owen (2010), Timéo (2018) et Lénaël (2024). Nous vivons à Cuers, une petite ville du Var.
NathanaĂ«l est mon fils aĂźnĂ©. NĂ© le 17 juillet 2005, câĂ©tait un enfant joyeux, soucieux des autres dĂšs son plus jeune Ăąge. En grandissant, il est devenu un adolescent curieux, aimant profiter de ses amis et de sa famille. Comme tous les jeunes de son Ăąge, il aimait les jeux vidĂ©o, le sport, les mangas, les rĂ©seaux sociaux, passer du temps sur Instagram, TikTok ou YouTube. CâĂ©tait un garçon trĂšs actif, parfois Ă©puisant Ă suivre, mais il avait gagnĂ© en maturitĂ©. Je suis convaincu quâil serait devenu un adulte extraordinaire.
Tout commence en 2020, annĂ©e du confinement. Comme beaucoup, NathanaĂ«l suit lâĂ©cole Ă la maison. Ă la reprise des cours, il me parle dâune gĂȘne visuelle qui disparaĂźt quand il bouge son masque. Au dĂ©part, je nâĂ©tais pas inquiet, pensant simplement que câĂ©tait liĂ© Ă la position du masque.
Mais les signes persistent : un message le 11 juillet oĂč il me demande un rendez-vous chez lâophtalmo, car son Ćil rentre vers lâintĂ©rieur et le fait loucher, puis un autre le 26 juillet car ses maux de tĂȘte deviennent importants. Ă son retour de vacances, le 2 aoĂ»t, je dĂ©couvre que son Ćil est vĂ©ritablement tournĂ© vers lâintĂ©rieur, de maniĂšre permanente. LâinquiĂ©tude devient immĂ©diate.
Sâensuit un parcours difficile : orthoptiste, rendez-vous ophtalmologique repoussĂ©, jusquâĂ ce que lâorthoptiste me conseille dâaller directement aux urgences. Le scanner de Toulon ne montre « pas de tumeur », mais lâhĂŽpital dĂ©cide tout de mĂȘme un transfert Ă la Timone. LĂ -bas, aprĂšs un week-end dâattente et une IRM, le diagnostic tombe : mon fils souffre dâune maladie grave.
Le neurochirurgien mâinstalle sur un canapĂ©, me donne des mouchoirs, et mâannonce lâimpensable. JâĂ©tais en Ă©tat de choc, incapable de retenir le nom de la maladie, obligĂ© de le faire Ă©crire. NathanaĂ«l, lui, a accueilli lâannonce avec un sourire. Il Ă©tait soulagĂ© de mettre un nom sur ce quâil avait. Nous espĂ©rions encore quâil y ait un espoirâŠ
Les semaines suivantes, nous dĂ©couvrons la radiothĂ©rapie. Le trajet quotidien en taxi, lâĂ©puisement, les siestes avec son oreiller, les effets secondaires⊠NathanaĂ«l voulait simplement vivre sa vie dâado, passer son bac, prouver quâil Ă©tait capable de rĂ©ussir. Mais la maladie le privait progressivement de ses capacitĂ©s.
Les traitements lâont beaucoup fatiguĂ©. La radiothĂ©rapie lâa Ă©puisĂ©, le traitement ONC201  de la version allemande impliquait un rĂ©gime alimentaire strict, ce qui Ă©tait difficile pour lui Ă gĂ©rer. Le plus dur nâĂ©tait pas tant les effets secondaires que la dĂ©gradation progressive de son Ă©tat.
Pourtant, nous avons essayĂ© de prĂ©server des moments de joie. Nath aimait la vitesse, alors nous avons roulĂ© en moto. Nous avons visitĂ© la Tour Eiffel en plein confinement grĂące Ă la bienveillance de personnes extraordinaires. Nous avons mĂȘme volĂ© en parapente quelques semaines avant son envol. Ces moments magiques restent gravĂ©s en moi.
Je nâai pas toujours trouvĂ© les rĂ©ponses Ă mes questions auprĂšs du corps mĂ©dical. Pendant deux mois, mes questions sont restĂ©es sans rĂ©ponse. La radiothĂ©rapeute a Ă©tĂ© la premiĂšre Ă reconnaĂźtre un ratĂ©, et Ă me rĂ©pondre franchement, sans dĂ©tour. GrĂące Ă une psychologue et Ă certaines personnes exceptionnelles, nous avons pu avancer, mais trop souvent, les familles sont laissĂ©es seules.
Je voudrais que les mĂ©decins soient plus directs avec les parents, quâils rĂ©pondent avec sincĂ©ritĂ©, mĂȘme sâils nâont pas toutes les rĂ©ponses. Je voudrais aussi que les familles soient mieux accompagnĂ©es psychologiquement, sans limite de temps, mĂȘme aprĂšs le dĂ©cĂšs de leur enfant.
Dans ce combat, jâai fait des choix : Ă©loigner les personnes toxiques, garder seulement celles capables de nous soutenir. Jâai rencontrĂ© dâautres familles, des associations, des personnes magiques comme Samira de la communautĂ© I Have a Dream, qui a su trouver les mots dans cette tempĂȘte. La solidaritĂ©, les cagnottes, le soutien de ceux qui croyaient en nous mâont permis de tenir.
Je me suis parfois isolĂ© volontairement, pour protĂ©ger certains, ou pour ne pas ĂȘtre dissuadĂ© de tenter tout ce qui pouvait sauver mon fils. Quand on mâa dit quâil fallait abandonner Ă cause du coĂ»t du traitement, jâai Ă©tĂ© blessĂ©. Mais jamais je nâai acceptĂ© que lâargent soit une barriĂšre Ă lâespoir.
Personne ne nous prĂ©pare Ă devenir parent, et encore moins Ă accompagner son enfant vers la mort. Voir NathanaĂ«l se dĂ©grader sans pouvoir rien faire a Ă©tĂ© un vĂ©ritable crĂšve-cĆur. Pourtant, son combat, son humilitĂ© et sa luciditĂ© rĂ©sonnent encore en moi.
Jâai essayĂ© dâĂȘtre juste dans mon rĂŽle de parent-aidant. Le plus Ă©prouvant reste lâabsence, le manque, la douleur aprĂšs son envol. Mes autres enfants, chacun Ă leur maniĂšre, portent aussi cette Ă©preuve. GwenaĂ«l et Owen nâen parlent pas, TimĂ©o exprime davantage son souvenir de son frĂšre, notamment celui de la Tour Eiffel. LĂ©naĂ«l, nĂ© aprĂšs, connaĂźtra son frĂšre Ă travers nos rĂ©cits et nos photos.
Ce que je voudrais dire aux parents, câest de garder espoir tant que leur enfant est lĂ . De lâentourer dâamour, de profiter de chaque instant, petit ou grand. Dâoser crĂ©er des rĂȘves et de lâespoir.
NathanaĂ«l voulait simplement vivre une vie normale, ĂȘtre comme les autres. Le regard des autres a Ă©tĂ© parfois plus lourd que la maladie elle-mĂȘme. Mais malgrĂ© tout, il a continuĂ© Ă sourire, et chacun de ses sourires Ă©tait une victoire.
Je garde la conviction que Nathanaël continue de nous guider de là -haut. Et je lui rends hommage à travers ce témoignage, pour lui, pour mes autres enfants, et pour tous les enfants touchés par la maladie.
Xavier, papa de Nathanaël